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L’intelligence des corbeaux s’expliquerait par certains neurones

biologie 04 avril 2022

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Les corbeaux peuvent se reconnaître dans un miroir, utiliser des outils et planifier l’avenir; autant de capacités cognitives plus proches de celles observées chez les primates non humains que de celles de la plupart des autres oiseaux. Cette intelligence pourrait être liée au fait qu’ils possèdent un nombre anormalement élevé de cellules cérébrales impliquées dans le traitement de l’information.

Plus de neurones impliqués dans le traitement de l’information

Felix Ströckens, de l’université de la Ruhr à Bochum, en Allemagne, et ses collègues ont analysé le cerveau d’autruches communes (Struthio camelus), de poules brunes (Gallus gallus domesticus), de pigeons voyageurs (Columba livia domestica) et de trois membres de la famille des corvidés : des corbeaux noirs (Corvus corone), des corbeaux à capuchon (Corvus cornix) et des corbeaux freux (Corvus frugilegus). Ces animaux avaient tous été tués pour la nourriture ou la lutte contre les parasites.

Les chercheurs ont pu analyser les noyaux des cellules cérébrales de tous ces oiseaux en utilisant une méthode appelée fractionnement isotrope. Ils ont ainsi pu classer les types de cellules présentes dans chaque cerveau et estimer le nombre de chacune d’entre elles.

Ils avaient un plus grand nombre d’interneurones

L’équipe a constaté que les corvidés possédaient le plus grand nombre d’interneurones, des petites cellules qui transmettent des signaux locaux et qui sont impliquées dans le traitement cognitif. Ces cellules traitent les informations reçues des neurones sensoriels et envoient des signaux aux neurones moteurs. Elles sont impliquées dans des tâches telles que la prise de décision, la planification future et l’évaluation des risques.

Ces corvidés possédaient environ 290 millions d’interneurones, contre 124 millions chez les autruches et environ 40 millions chez les pigeons et les poulets. L’être humain compte environ 1,3 milliard d’interneurones. Cette différence était particulièrement marquée entre les autruches et les corvidés, car le cerveau d’une autruche pèse près du double de celui d’un corbeau.

« Si l’on considère le neurone comme la principale unité de traitement du cerveau, on peut supposer qu’un nombre plus élevé de neurones équivaut à une plus grande puissance de traitement », explique M. Ströckens. Mais on ne sait pas exactement pourquoi les corbeaux ont évolué pour avoir autant d’interneurones, ajoute-t-il. Aucune étude majeure analysant les capacités cognitives des autruches n’a été menée jusqu’à présent, ajoute-t-il.

D’autres facteurs entreraient en jeu

Selon M. Ströckens, le nombre élevé d’interneurones ne suffit pas non plus à expliquer pourquoi les corbeaux ont des capacités cognitives plus fortes que la plupart des oiseaux. « D’autres facteurs comme la connectivité entre les neurones et l’architecture des récepteurs jouent également un rôle. »

« Il s’agit d’une étude intéressante et importante », déclare Pavel Němec de l’université Charles de Prague, en République tchèque. « La prochaine frontière pour cette recherche est d’obtenir de telles données quantitatives pour davantage d’espèces et de tester quelle caractéristique neuronale est la mieux corrélée avec les capacités cognitives. »

Cette recherche a été publiée dans le Journal of Comparative Biology.

Source : New Scientist
Crédit photo : Pixabay