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La consommation d’alcool provoque directement le cancer

biologie 22 janvier 2022

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De nouvelles données issues d’une étude génétique à grande échelle menée par Oxford Population Health confirment que l’alcool provoque directement le cancer.

Une approche génétique

Les données recueillies dans les pays occidentaux indiquent déjà clairement que l’alcool est une cause directe de cancer du foie, du côlon, du sein et de plusieurs autres types de cancers. Mais il a été difficile d’établir si l’alcool est directement à l’origine du cancer, ou s’il est lié à d’éventuels facteurs de confusion (tels que le tabagisme et l’alimentation) qui pourraient générer des résultats biaisés. On ne savait pas non plus si l’alcool était lié à d’autres types de cancer, notamment les cancers du poumon et de l’estomac.

Pour répondre à ces questions, des chercheurs d’Oxford Population Health, de l’Université de Pékin et de l’Académie chinoise des sciences médicales de Pékin, ont utilisé une approche génétique en étudiant les variantes génétiques liées à une consommation d’alcool plus faible dans les populations asiatiques.

Les variantes génétiques liées à une consommation d’alcool

En Chine et dans d’autres populations d’Asie de l’Est, deux variantes génétiques communes (allèles) réduisent la tolérance à l’alcool et sont fortement associées à une moindre consommation d’alcool, car elles provoquent un effet désagréable de « bouffée de chaleur ». Ces mutations perturbent toutes deux le fonctionnement d’enzymes impliquées dans la désintoxication de l’alcool, ce qui entraîne l’accumulation dans le sang d’un composé toxique, l’acétaldéhyde, un agent cancérigène du groupe I.

La première mutation est une mutation de perte de la fonction dans le gène de l’enzyme aldéhyde déshydrogénase 2 (ALDH2). La seconde mutation accélère l’activité de l’alcool déshydrogénase 1B (ADH1B). Ces deux mutations sont fréquentes chez les Asiatiques de l’Est, mais rares dans les populations d’ascendance européenne.

Étant donné que ces allèles sont attribués à la naissance et qu’ils sont indépendants d’autres facteurs liés au mode de vie (comme le tabagisme), ils peuvent être utilisés comme un indicateur de la consommation d’alcool, afin d’évaluer comment cette dernière influe sur les risques de maladie.

Des échantillons d’ADN provenant de 150 000 participants

L’équipe a utilisé des échantillons d’ADN provenant d’environ 150 000 participants (environ 60 000 hommes et 90 000 femmes) à l’étude China Kadoorie Biobank et a mesuré la fréquence des allèles de faible tolérance à l’alcool pour ALDH2 et ADH1B. Les données ont été combinées avec des questionnaires sur les habitudes de consommation d’alcool remplis par les participants lors du recrutement et des visites de suivi ultérieures. Les participants ont été suivis pendant une période médiane de 11 ans grâce au couplage avec les dossiers d’assurance maladie et les registres de décès.

« La conception de cette étude isole essentiellement le fait que c’est la consommation d’alcool (et non d’autres facteurs liés au mode de vie) qui semble causer le cancer », a déclaré Darrin Griffin, qui n’a pas travaillé sur cette étude. « De telles études ont des implications importantes pour les choix de style de vie, mais il existe toute une série d’autres façons dont l’alcool peut nuire à la santé. »

Des preuves solides d’un lien entre l’alcool et le cancer

Ces nouvelles conclusions s’appuient sur un ensemble de preuves solides établissant un lien entre l’alcool et l’augmentation du risque de cancer. L’année dernière, une étude du Centre international de recherche sur le cancer a estimé qu’environ 740 000 nouveaux cas de cancer en 2020 pourraient être directement attribués à la consommation d’alcool. Cela représente environ 4 % de tous les cas de cancer dans le monde.

Cette recherche a été publiée dans l’International Journal of Cancer.

Source : Oxford Population Health
Crédit photo : Pexels