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Un lien entre le rythme circadien et la consommation d’alcool

biologie 12 janvier 2022

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Des chercheurs ont découvert que la présence du gène Bmal1 dans le striatum affecte la consommation d’alcool chez les souris mâles et femelles, mais de manière sexuellement dimorphe.

Une protéine qui régit la prise de décision

Les souris mâles dépourvues d’une protéine particulière dans le cerveau qui régit la prise de décision, consomment plus d’alcool que celles qui en sont pourvues, tandis que les souris femelles dépourvues de cette protéine en consomment moins que les femelles qui en sont pourvues.

Bmal1 est également un élément intégral du noyau suprachiasmatique, l’horloge circadienne principale que l’on trouve chez tous les mammifères et qui régule le cycle veille-sommeil. De précédentes analyses d’association des gènes de l’horloge ont révélé un rôle potentiel de Bmal1 dans le comportement de consommation d’alcool.

Dans ce contexte, et compte tenu de l’existence de différences entre les sexes dans la consommation d’alcool et dans certaines fonctions des gènes de l’horloge, les chercheurs ont émis l’hypothèse que Bmal1 pouvait affecter la consommation d’alcool en fonction du sexe.

Risque chez les femelles et protection chez les mâles

Les chercheurs ont créé deux lignées de souris et ont utilisé des méthodes de biologie moléculaire pour supprimer le gène Bmal1 des neurones à épines moyennes du striatum dans l’une d’entre elles. Ce gène est resté présent dans d’autres parties du corps, car il joue un rôle essentiel dans l’horloge circadienne. L’autre lignée a servi de témoin.

On a constaté que les mâles dont le gène Bmal1 avait été supprimé dans le striatum consommaient plus d’alcool que ceux qui ne l’avaient pas été, tandis que chez les femelles, les résultats étaient inverses : celles qui n’avaient pas le gène Bmal1 consommaient moins d’alcool que celles qui l’avaient. (Normalement, les rongeurs femelles ont tendance à consommer plus d’alcool par poids corporel que les mâles).

« La principale conclusion que nous pouvons en tirer est que chez les femelles, le gène Bmal1 dans le striatum confère un risque, puisqu’elles consomment davantage d’alcool lorsque le gène est présent », explique le professeur Shimon Amir. « Chez les mâles, ce gène est protecteur, car ils consomment moins d’alcool. Les différences entre les sexes que l’on observe chez les souris normales sont éliminées lorsque ce gène est retiré du striatum. »

Amir note que ni la consommation de sucre ni les rythmes circadiens ne sont affectés par la délétion du gène. « Il semble que le Bmal1 striatal joue un rôle causal dans le contrôle de la consommation d’alcool et contribue de manière importante aux différences entre les sexes en matière de consommation d’alcool », explique-t-il.

Un traitement fondé sur le sexe ?

Les chercheurs pensent que cette découverte peut aider à traiter la dépendance chez l’homme. Par exemple, si les femmes déclarent une consommation d’alcool et une dépendance à l’alcool plus faible que les hommes, elles en subissent davantage les conséquences néfastes.

« Jusqu’à présent, les traitements biologiques et pharmacologiques limités de la dépendance à l’alcool ne font pas de distinction entre les mâles et les femelles, alors qu’il existe des différences majeures dans le comportement de consommation d’alcool et la dépendance entre les sexes », explique-t-il.

« En découvrant les mécanismes sexuellement dimorphiques, les spécialistes du traitement de la dépendance pourraient à terme utiliser ces connaissances pour développer un traitement basé sur le sexe. »

Cette recherche a été publiée dans la revue Communications Biology.

Source : Concordia University
Crédit photo : Depositphotos