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Les traumatismes précoces affectent les générations

biologie 16 octobre 2020

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Les personnes qui vivent des expériences traumatisantes dans leur enfance, souffrent souvent de conséquences durables qui affectent leur santé mentale et physique. Mais leurs enfants et petits-enfants peuvent également être touchés. Dans cette forme particulière d’héritage, les spermatozoïdes et les ovules transmettent des informations à la progéniture non pas par leur séquence d’ADN, comme dans le cas de l’hérédité génétique classique, mais plutôt par l’intermédiaire de facteurs biologiques impliquant l’épigénome, qui régule l’activité du génome. Mais comment exactement cela se produit-il ?

Des facteurs biologiques impliquant l’épigénome

« Notre hypothèse était que les facteurs circulants dans le sang jouent un rôle », explique Isabelle Mansuy, professeur de neuroépigénétique. Mme Mansuy et son équipe ont démontré que les traumatismes subis pendant l’enfance ont une influence sur la composition du sang, tout au long de la vie et que ces changements sont également transmis à la génération suivante. « Ces découvertes sont extrêmement importantes pour la médecine, car c’est la première fois qu’un lien entre un traumatisme précoce et des troubles métaboliques chez les descendants est caractérisé », explique Mansuy.
Dans son étude, Mansuy a utilisé un modèle de souris pour les traumatismes précoces. Ce modèle est utilisé pour étudier comment les effets des traumatismes du début de la vie postnatale sur les souris mâles sont transmis à leur progéniture. Pour déterminer si ces premières expériences ont un impact sur la composition du sang, les chercheurs ont effectué de multiples analyses et ont trouvé des différences importantes et significatives, entre le sang des animaux adultes traumatisés, et le sang du groupe de contrôle normal, non traumatisé.
Ces changements dans le métabolisme des lipides étaient particulièrement frappants, certains métabolites d’acides gras polyinsaturés apparaissant en plus forte concentration dans le sang des souris mâles traumatisées. Ces mêmes changements ont également été observés chez leur progéniture. Plus frappant encore, lorsque le sérum des mâles traumatisés, a été injecté de façon chronique à des mâles non traumatisés, leur progéniture a également développé des symptômes métaboliques de traumatisme – fournissant un lien direct entre les facteurs circulants et les cellules germinales, confirmant ainsi l’hypothèse selon laquelle le sang envoie des signaux de stress aux gamètes.
Les scientifiques ont ensuite cherché à savoir si des effets similaires sont présents chez l’homme. Pour cela, ils ont réuni une cohorte de 25 enfants d’un village d’enfants SOS au Pakistan, qui ont perdu leur père et ont été séparés de leur mère, et ont analysé leur sang et leur salive. En comparaison avec les enfants de familles normales, ces orphelins ont montré un taux plus élevé de plusieurs métabolites lipidiques – tout comme les souris traumatisées.

Les traumatismes chez l’homme sont comparables

« Les expériences traumatisantes de ces enfants sont comparables à celles de notre modèle de souris, et leur métabolisme montre des changements similaires dans le sang », explique Mansuy. « Cela démontre l’importance de la recherche animale pour nous fournir des connaissances fondamentales sur la santé humaine ». Jusqu’à un quart des enfants dans le monde sont victimes de violence, d’abus et de négligence, qui peuvent conduire à des maladies chroniques plus tard dans leur vie, ce qui souligne l’importance de la recherche de Mansuy.
D’autres expériences ont conduit l’équipe à découvrir un mécanisme moléculaire par lequel ces métabolites des lipides peuvent transmettre des signaux aux cellules germinales des animaux. Le PPAR, un récepteur à la surface des cellules, joue un rôle clé dans ce processus; il est activé par les acides gras et régule l’expression des gènes et la structure de l’ADN dans de nombreux tissus. Les chercheurs ont découvert que ce récepteur est régulé à la hausse dans le sperme des mâles traumatisés.

Une recherche pouvant aider les médecins

« Nos résultats montrent que les traumatismes précoces, influencent la santé mentale et physique à l’âge adulte et au fil des générations, ce qui se manifeste dans des facteurs comme le métabolisme des lipides et les niveaux de glucose », explique M. Mansuy. « Ces facteurs sont rarement pris en compte dans les milieux cliniques ». L’amélioration de la compréhension des processus biologiques sous-jacents, pourrait aider les médecins à prévenir les conséquences tardives des expériences de vie traumatisantes chez leurs patients.
Cette recherche a été publiée dans The EMBO Journal.
Source : University of Zurich
Crédit photo : Pexels